Micro-algue toxique. Taux record en rade!
Une micro-algue toxique, dite paralysante, abouleversé, cetété, l'exploitation etleramassage des coquillages enrade de Brest. Retour sur ce phytoplancton desplus enquiquinants pour les professionnels etles pêcheurs àpied.
Après la rade de Brest au coeur de l'été, c'est l'aber Wrac'h qui fait actuellement l'objet d'une interdiction de pêche aux coquillages pour cause de concentration importante d'une micro-algue toxique, dite paralysante, dans l'eau. L'épisode d'Alexandrium Minutum est terminé en rade de Brest, comprenez que les concentrations de cette PSP dans l'eau sont retombées sous le seuil d'alerte fixé par les autorités sanitaires. Idem pour la concentration de cette algue microscopique ingérée par les coquillages, seuil sous lequel la contamination ne présenterait plus derisque pour la consommation humaine.
Plus de 40millions de cellules par litre!
Mais la poussée de cet été en rade de Brest a battu tous les records. Alors que le seuil d'alerte se situe à 10.000 cellules par litre d'eau de mer analysé, l'épisode estival est monté entre 40et 50millions de cellules par litre d'eau! Un taux encore jamais enregistré en France. Ilfaut chercher des relevés réalisés aux États-Unis et au Canada pour retrouver des concentrations aussi ou plus importantes. «On retrouve régulièrement cette algue dans les tous les estuaires bretons depuis les années 80», remarque Claude Le Bec, du laboratoire Ifremer de Concarneau. «Mais c'est la première fois que la rade de Brest a enregistré une telle explosion d'Alexandrium». La poussée est aujourd'hui terminée en rade de Brest, les mesures étant redescendues à des valeurs insignifiantes (moins de 100 cellules par litre). Si la micro-algue n'est apparemment pas sortie de la rade, une poussée similaire vient de se déclarer dans l'aber Wrac'h. «Nous sommes au début de cette nouvelle explosion et au-dessus du seuil d'alerte (11.300 cellules par litre d'eau)». De telles augmentations n'avaient plus été enregistrées sur les côtes finistériennes depuis 2001.
Des professionnels perplexes
De leurs côtés, les professionnels du coquillage en rade de Brest Thierry Larnicol (Kéraliou) et Michel Diverres (Rostollec), représentant de la profession pour le Nord-Finistère, posent la question des seuils de normes et de l'impact effectif de cette toxine sur les organismes. «Comment expliquer qu'aucun pêcheur àpied qui a continué àconsommer ces coquillages en rade de Brest, cet été, n'a ressenti de symptôme et qu'aucune indisposition n'ait été relevée? Comment surtout expliquer qu'iln'y a eu aucune intoxication alors que de la marchandise a été écoulée au plus fort de la contamination? Cela montre soit que les seuils utilisés sont trop bas. Soit que cette forme d'Alexandrium n'apas de réel impact pour la consommation humaine», appuie Michel Diverres.
Parades
Pour l'avenir, les professionnels de la rade cherchent des parades à ce fâcheux épisode qui pourrait bien se reproduire àplus ou moins court terme. Jean-Luc LeGall, en rade sud àPlougastel, envisage de s'équiper pour 100.000EUR d'un circuit fermé d'eau de mer. Thierry Larnicol seprépare à développer le transport de sa marchandise en zone non contaminée, si l'épisode sereproduit. «Comment et pourquoi l'administration n'augmente pas le rythme et le nombre de prélèvements en temps de crise?», demandent-ils. «Manque de moyens, nous répond-on. Évidemment, nous, les professionnels, nous avons les moyens de perdre de l'argent dans le contexte
actuel...», terminent, très amers, ces professionnels impactés.
Une fermeture au plus mauvais moment
Interdiction de consommer et de commercialiser (purifier à l'eau de la rade) les coquillages du secteur. Coup dur pour les professionnels de la rade qui s'étaient engagés pour le grand rassemblement maritime des Tonnerres. Frustration pour les centaines de pêcheurs à pied devant changer de coin de pêche ou renoncer à consommer leur cueillette. À Pors-ar-Lorc'h, à Kéraliou, sur la presqu'île de Plougastel et à Rostellec, en presqu'île de Crozon, Thierry Larnicol, Jean-Luc Le Gall et Michel Diverres ont subi de plein fouet cette poussée planctonique. Prudemment, les autorités sanitaires ont préféré prolonger l'interdiction alors que les analyses effectuées sur les coquillages étaient bonnes mais le taux d'Alexandrium encore très élevé dans l'eau. Une mesure qui n'a pas été comprise par les professionnels qui, s'ils acceptent le principe des contrôles sanitaires, estiment avoir fait l'objet, en pleine saison estivale, d'un excès de prudence de la part des autorités. Ont-ils également fait les frais du grand rassemblement maritime brestois où les autorités ont souhaité minimiser les risques? Quoi qu'il en soit, ils n'avaient pas besoin de cela dans le contexte délicat que traverse le secteur ostréicole. Au final, leur activité a été considérablement ralentie pendant un mois, malgré l'embauche de saisonniers. Baisse de l'activité, mais aussi frais de rapatriement de la marchandise écoulée avant la publication de l'arrêté...
Limiter la casse
Certains producteurs-expéditeurs de la rade ont pris les devants en finançant les prélèvements intermédiaires afin d'éventuellement raccourcir la durée d'interdiction. Un autre a demandé de réaliser des analyses sur les points mêmes de production, sans se contenter des mesures faites sur les points référents d'analyses. La première option a été acceptée mais n'a pas vraiment permis d'accélérer la réouverture. La seconde n'a pas pu être mise en place par manque de disponibilité des laboratoires très sollicités et plutôt en sous-effectifs aumois d'août. Autre critique assénée par les professionnels, l'interdiction de pêche actuellement maintenue autour du bigorneau de la rade. «Il faudra nous expliquer comment ce brouteur (pas filtreur) peut être impacté par une toxine que produit un plancton», continue Thierry Larnicol qui fustige la décision d'un «technicien» parisien éloigné du terrain.
Une toxine à ne pas sous-estimer
Cette micro-algue est loin d'être inoffensive. «À quantité égale, son effet serait 1.000fois plus puissant que le cyanure», soutient Claude LeBec, responsable du laboratoire d'Ifremer à Concarneau. Sa découverte remonte au début des années 70 dans la baie d'Alexandrie, en Égypte. Depuis, cette algue microscopique qui donne, à forte concentration, une couleur rouge-brun à l'eau de mer a été retrouvée un peu partout dans le monde. Cette micro-algue produit une des toxines les plus violentes de la planète. «Sa forte concentration nedoit surtout pas être prise àla légère», insiste le chercheur. La cellule paralysante attaque le système nerveux du consommateur, peut entraîner des troubles passagers, jusqu'àdes séquelles neurologiques ou la mort. Le phénomène fait l'objet d'un réseau de surveillance à l'échelon européen. Les coquillages qui filtrent l'eau finissent par être contaminés, parfois après un certain délai (comme c'est le cas des huîtres toujours pas impactées en début d'épisode dans l'aber Wrac'h). «Des cas de mortalité humaine ont effectivement été enregistrés outre-Atlantique mais à ma connaissance, encore aucun décès n'a été relevé en Europe et en France», résume Claude LeBec. La communauté scientifique peine à identifier précisément les raisons de ces poussées planctoniques soudaines et localisées. «Ilfaut des conditions atmosphériques et de salinité favorables. On suppose que c'est l'activité humaine, et les différents apports terrestres qui déclenchent ces épisodesspectaculaires». Évidemment, «l'interdiction de la pêche et de la commercialisation des produits de la mer a des répercussions économiques non négligeables dans les zones concernées», reconnaît le spécialiste qui mesure parfaitement le spectre des conséquences autour de ce redouté Alexandrium.
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