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Disparition. Le libraire Pierre Le Bris

31 août 2012 - 3 réactions

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Avec Pierre Le Bris, disparaît l'une des plus anciennes figures de la vie culturelle brestoise. Le libraire etéditeur s'estéteint àl'âgede 94ans.

L'aventure qui s'est étalée sur undemi-siècle avait commencé dans l'immédiat après-guerre, alors que la ville n'était plus qu'un vaste champ de ruines. C'était le temps des baraques. Pierre Le Bris et son épouse Blanche avaient ouvert ce qui allait devenir la Librairie de la Cité, dans un bâtiment provisoire dece que l'on appelait alors la«cité commerciale». Pierre LeBris a souvent raconté quand, par miracle, il avait pu seprocurer un dictionnaire Larousse, ilétait hors de question àl'époque de le mettre envitrine sous peine de voir desdizaines de clients affluer pour s'arracher l'unique exemplaire. Ilrappelait aussi volontiers le titre du premier livre commandé par ses soins chez Calmann-Lévy: «Lezéro et l'infini», d'Arthur Koestler, et comment les500exemplaires de «Autant en emporte le vent» s'étaient écoulés en quelques jours. Sept ans plus tard, la Librairie dela Cité s'implantait à son emplacement définitif au 57, rue de Siam, adresse mythique chère au coeur de nombreux Brestois. Elle allait le rester jusqu'au début de l'année 2003, lorsque Martine Tanguy, une collaboratrice dePierreLe Bris qui avait repris l'affaire huit ans auparavant, futcontrainte de cesser l'activité pour des raisons de santé.

Des centaines d'écrivains

Pendant toutes les années oùPierre Le Bris fut à la barre dela Librairie de la Cité, celle-ci reçut la fine fleur de la littérature contemporaine. Près de 500 écrivains se succédèrent dans la boutique de la rue de Siam. De Louise de Vilmorin à Antoine Blondin, en passant par Jean Cayrol, Michel Déon, Robert Sabatier, Alain Robbe-Grillet, Pierre Schoendoerffer, Paul Géraldy, François Nourrissier, ils vinrent signer leurs oeuvres. Jack Kerouac, avec qui Pierre LeBris s'était découvert des ancêtres communs, poussa même jusqu'à la pointe de Bretagne.

Éditeur

Ces séances de dédicaces invariablement ponctuées de réceptions données dans les appartements privés du maître des lieux, où les auteurs se sentaient comme des poissons dans l'eau, drainaient une affluence dont on n'a pas idée aujourd'hui. Roger Vercel, l'auteur de «Remorques», signa, par exemple, sans désemparer pendant trois jours d'affilée. Un record qui dut attendre lavenue de Pierre Jakez Hélias etde son «Cheval d'orgueil» pour être battu.



Pierre Le Bris avait créé une véritable chaîne de librairies. La maison-mère essaima des enseignes à Landerneau, Nantes, Quimper, Rennes et Paris. En 1970, Pierre Le Bris fut le premier libraire indépendant français à ouvrir un relais France-Loisirs avant de rompre dans des conditions douloureuses, en 1985, avec un concept qui avait fini par représenter la moitié de son chiffre d'affaires. Parallèlement, il s'était lancé dans l'édition. Les Éditions de la Cité comptèrent un catalogue au sein duquel brillèrent force ouvrages de références consacrés àlamer en général et à la Marine nationale en particulier. Lepeintre brestois Pierre Péron, dont Pierre Le Bris était l'ami, yfut publié, de même que Georges Lombard, l'ancien maire deBrest, qui écrivit ses mémoires sous le titre «Au service deBrest».

Les stoïciens grecs

Tous ceux qui ont côtoyé Pierre Le Bris garderont le souvenir d'un homme empreint d'une grande élégance intellectuelle etphysique, pour qui la Culture n'était pas un vain mot. Ce formidable amoureux des livres ne laissait pas passer une journée sans lire quelques pages des stoïciens grecs chez qui il puisait une philosophie de vie. Cette passion des livres, l'intéressé avait su la transmettre à son personnel exclusivement féminin. Chaque vendeuse était ainsi invitée àdécouvrir elle-même les nouveautés. Quand l'unanimité se faisait, le volume s'ornait dubandeau «Conseillé par la Librairie de la Cité». Un choix qui engageait et auquel le lecteur pouvait se rallier les yeux grand ouverts. Au moment où se ferme le grand livre de l'existence de Pierre LeBris, Le Télégramme s'associe à la peine de sa veuve Blanche, de ses filles, Jacqueline et Catherine, et de tous ses proches.

  • André Rivier
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3 réactions

  • kerninon
    Témoignage sur Pierre Le Bris
    1er septembre 2012 Décès de Pierre Le Bris 65 ans de brestitude Pierre Le Bris est mort à 94 ans. Editeur, libraire à La Cîté, rue de Siam à Brest. Jack Kerouac, lui avait rendu visite en 1965. Lors de son seul voyage (express et en train) en Bretagne. Datée du June 22, 1965, à son retour à St.Petersburg, Florida, U.S.A., Kerouac commençait ainsi sa lettre à Pierre Le Bris "Cher M. Le Bris" . (Voir document ci-dessous). Jack Kerouac évoque la rencontre dans "Satori à Paris" (Gallimard 1966). Pierre Le Bris y est décrit comme " Un aristocrate aux manières précieuses et raffinées, véritable élégant, grand seigneur aux yeux bleus languides. " Le Bris reçut Kerouac dans son appartement qui se trouvait au troisième étage de l'immeuble abritant au rez-de-chaussée la librairie de La Cîté, rue de Siam. Il était couché dans le lit de sa petite chambre, cloué de douleur par une hernie discale quand Kerouac demanda à le voir. Sans doute sur le conseil de Michel Mohrt, directeur du département Amérique anglophone chez Gallimard, né à Morlaix, qui avait, semble--t-il, selon un témoin digne de foi, purement éconduit l'Américain en visite rue Sébastien-Pottin, et peut-être venu là pas complètement à jeun. En tout cas, quelqu'un avait dit à Jack Kerouc en quête de ses racines bretonnes, d'aller voir Le Bris, libraire à Brest. Il pourrait le renseigner sur ses origines puisqu'ils avaient finalement le même patronyme. Didier, de La Cigale, où Kerouac se désaltéra et sympahisa, lui montra le chemin de la librairie de la rue de Siam. Conduit à la chambre du troisième étage, LEBRIS de KEROACK-Canada, originaire de Bretagne, donna du "Mon cousin" au libraire. Il torcha au pied du lit la bouteille de cognac que Le Bris avait fait apporter par sa femme, Blanche. Dix ans plus tard, nous étions un soir dans ce même appartement de la rue de Siam. Pierre Le Bris tint à nous faire visiter sa chambre étroite après je ne sais quel débat consacré à la littérature bretonne, à laquelle j'avais pris part au titre de la revue Bretagnes. Le libraire nous fit voir son lit souffrance du fond duquel il avait reçu Jack Lebris de Kerouac. Les deux Le Bris, au bout d'un long moment, assez pénible pour le malade, avaient fini par convenir que leur ascendance commune certaine était du côté de Plomelin, sur les bords de l'Odet, près de Quimper. Dans et devant la chambre devenue historique puisqu' qu'elle avait accueilli l'emblématique écrivain de la Beat generation, il y avait là ce soir-là : Pierre Le Bris donc, Pierre Jakez Hélias, Youenn Gwernig, Kristian Keginer, moi, et les femmes des trois premiers sus-nommés qui étaient restées un peu en retrait, sans doute par faute d'intérêt pour ce qui semblait nous passionner. De toute façon, il n'y avait pas de quoi loger tout le monde car le couloir et la chambre n'étaient pas spacieux. Le Grand Youenn, pipe au bec, narquois se fendait bruyamment la poire des manières qu'avaient faites à Le Bris souffrant son copain de piste du Bronx,-où, dit-il, nous étions les seuls Blancs en java sans avoir jamais été inquiétés-. Le barde brassait de sa haute stature et de sa voix puissante une bonne partie de l'espace restreint où nous nous pressions pour inspecter la chambre devenue sanctuaire. La soirée s'éternisa dans le salon des Le Bris. Les femmes, Suzic Gwernig et Madame Hélias, dans le civil ingénieure agronome et grande spécialiste de la sélection génétique des pommes de terre, commençaient à trouver le temps long. Et la route, disaient-elles fort justement, en s'avançant dans la soirée, la route bien sûr serait de plus en plus risquée pour rentrer à la maison. Le premier couple, les Gwernig, à Locmaria-Berrien, et le deuxième, les Hélias, à Quimper. Une trotte à cette heure-là compte tenu de la joyeuse ambiance qui régnait depuis un moment entre nous, l'apéro s'étant transformé en medianoche. La dernière fois où je vis Pierre Le Bris, c'était 17 ans plus tard, à l'enterrement de Jean-Pierre Coudurier décédé en novembre 2001 à l'âge de 76 ans. Le Bris était très affecté par la mort de son ami. Ils avaient co-réalisé quelques beaux livres sur Brest et la Marine, avec souvent le concours du dessinateur Pierre Péron, à qui, pendant des décennies, Coudurier passait commande du traditionnel dessin de "Une" du Télégramme pour l'édition de la veille du Premier de l'An, qui voyait des pompoms rouges tirer des bords au milieu des monuments symbolisant le port du Ponant, la Grande grue et le pont de Recouvrance. Coudurier au Télégramme et Le Bris à La Cîté, d'une certaine manière, ont symbolisé tous deux par leur réussite éditoriale respective la renaissance d'une ville rayée de la carte par la guerre, et brillamment relevée en particulier sous les mandatures du grand constructeur du Grand Brest que fut Georges Lombard. Quand je lui serrais la main sur le parvis de l'église de Carantec le jour des obsèques de Jean-Pierre Coudurier, Pierre Le Bris était très affecté. Malgré ses problèmes de santé, il me dit avoir tout fait pour être à l'enterrement de "Jean-Pierre". "Vous avez perdu un grand patron, un grand homme de presse, c'était un ami ". Au milieu des années 1960, à la librairie de Pierre Le Bris, rue de Siam, c'était exceptionnel, on trouvait les livres de Samuel Beckett aux Editions de Minuit, souvent édités à quelques centaines d'exemplaires. A La Cîté, les auteurs étaient chaleureusement accueillis par le patron, les vendeuses aimaient les livres et savaient les mettre en valeur. Les lecteurs brestois se pressaient aux dédicaces des livres nouveaux largement annoncées dans Le Télégramme. Qu'il s'agisse d'auteurs commençant à être en vogue comme le Brestois d'adoption Jean-François Coatmeur, auteur talentueux de ces années 1970 avec notamment Le mascaret ou Les sirènes de minuit et homme de grande qualité, ou d' Alain Robbe-Grillet, Brestois de naissance, devenu à Paris le pape du Nouveau roman. Les jeunes écrivains publiés par les petits éditeurs avaient ici leur place comme les gloires nationales. Hervé Bazin était l'un des auteurs les plus fêtés par les lecteurs brestois. Ils faisaient la queue jusque sur le trottoir devant la librairie pour obtenir la signature de l'auteur à succès de Vipère au poing et du Matrimoine. Jusqu'à sa retraite, malgré une concurrence de plus en plus vive sur la place, Pierre Le Bris a accueilli avec courtoisie les écrivains reconnus comme les talents prometteurs. Avec sa disparition, ce sont en réalité 65 ans de brestitude qui s'en vont. Michel KERNINON --
    Ajouté le 6 septembre 2012 à 10h52
  • dure
    je n ai pas oublié
    Un homme merveilleux, cultivé, gentil, disponible... merci pour tous les livres que vous nous avez fait découvrir. Il m arrivait de vous croiser rue de Siam, il y avait tant de personnes à vous saluer, que je n'ai jamais osé vous déranger.
    Ajouté le 1 septembre 2012 à 09h05
  • fyvon
    Parent avec l'acteur Pierre Brice ?
    André Rivier pourrait-il éclairer ma lanterne ? J'ai lu, à plusieurs reprises dans différents magazines, que Pierre Le Bris était le père de l'acteur Pierre Brice ("Winnetou"), de son vrai nom Pierre Louis Le Bris, né à Brest le 6 février 1929), illustre inconnu en France, mais véritable "idole" en Allemagne et en Autriche. D'avance, merci.
    Ajouté le 31 août 2012 à 13h38

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