14 août 2009
Le plateau des Capucins à Brest possède son lot d'empreintes: bombes, obus, grenades... Avant de creuser le sol, les démineurs n'ont aucune certitude sur la nature des cibles détectées. Pascal Cavarec, démineur, était en première ligne le dimanche 2 août.
Le plateau des Capucins n'a pas été épargné par la Seconde Guerre mondiale. À l'époque, pas le temps de déblayer les gravats avant de reconstruire. Cela fait-il du plateau des Capucins un site complexe pour vous, les démineurs?
L'histoire de cette zone remonte à1870. Le sol du plateau des Capucins est donc très pollué. Travaux, guerre, puis à nouveaux des travaux... Ceci explique cela. Quoi qu'il en soit, pour les démineurs, c'est vraiment galère. La pollution métallique est très importante dans le sol du site. Il y a beaucoup de déchets, et tout cela brouille les pistes. Il devient alors très difficile de détecter les réelles bombes ou obus. Pour exemple, une roue de Renault 4L oxydée a la mêmeempreinte magnétique qu'une bombe de 50kg. Ça en dit long...
Vous avez détecté une centaine de cibles potentielles...
Oui, c'est exact. Nous avons commencé dimanche 2août par traiter les cibles susceptibles d'être des engins explosifs de plus de 100kg. On en avait détecté 15lors de l'audit de pollution pyrotechnique. Nous avons trouvé en réalité 3kg d'explosif à nu. Le champ magnétique qu'émettaient les poutrelles métalliques et grosses pièces de fonderie était de grande importance. C'était indispensable que nous vérifiions tous les points suspects.
Les 15, 16, 22 et 23août, le déminage concerne 83 à 85autres cibles. Pensez-vous trouver 85 obus?
Non, je pense qu'on en trouvera moins. Cette fois-ci, on s'attaque à des cibles de moins de 100kg. On estime qu'elles peuvent chacune contenir jusqu'à 6 à 7kg d'explosif. On trouvera sans doute quelques munitions allemandes ou un morceau d'obus, tout au plus.
La technologie a donc ses limites...
En quelque sorte, mais particulièrement sur des sites pollués, où nous sommes davantage confrontés à des fausses alertes. Nous connaissons les limites de notre système.
Quel matériel utilisez-vous pour détecter les cibles?
Nous sommes équipés de détecteurs magnétomètres, électromagnétiques et de sol. Ces trois machines nous permettent d'établir un audit pyrotechnique. À cette étape du travail, on ne touche àrien, on ne fait que scanner le sol. Ensuite, nous croisons les données afin d'établir une étude de sécurité pyrotechnique.
Dernière étape, les travaux de dépollution pyrotechnique. Les démineurs risquent gros...
Nous sommes tous issus de la Défense (armée de l'air, de terre...). Nous avons donc été confrontés à des situations extrêmes. En ce qui concerne Brest, rien à voir. L'opération est entièrement planifiée et sécurisée. Nous suivons la même procédure, que ce soient des bombes ou seulement des cibles métalliques. Les quatre démineurs présents pour les travaux de dépollution à Brest sont formés à cela, l'accident n'est pas envisageable. Travailler dans une zone en ville engendre forcément des contraintes, comme l'évacuation d'une partie de la population. Nous évaluons le périmètre pour ne faire prendre aucun risque aux Brestois. Les prochains week-ends, le périmètre de sécurité passe de 800 à 534m. Et pour cause, les destructions se feront sous la protection d'un «OpenFront», une cage métallique de six tonnes qui réduit l'impact de désamorçage.
Était-ce utile de faire évacuer 16.000 personnes dimanche 2août?
C'est un peu comme une assurance de voiture ou de maison. On n'en a pas besoin tous les jours!
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